Calenda - Le calendrier des lettres et sciences humaines et sociales
Genre et sexualités en situations (post) révolutionnaires
Gender and sexualities in post-revolutionary situations. Ethnologie française journal
Revue « Ethnologie française »
Publié le mercredi 02 août 2017
Résumé
Depuis 2009, différents pays du Moyen-Orient et du Maghreb, de l’Iran à la Tunisie, en passant par l’Égypte, le Yémen, la Turquie, la Syrie, Bahreïn, etc. ont connu des mobilisations multisectorielles , pour la plupart inédites depuis leur accession aux indépendances. Ces périodes d’effervescence politique se sont accompagnées d’une participation massive des femmes. La revue Ethnologie française publiera en 2019 un numéro consacré aux situations révolutionnaires et post-révolutionnaires au prisme du genre et des sexualités. Les contributions attendues peuvent relever de la sociologie, de l’anthropologie et de la science politique, mais aussi de l’histoire. L’un des objectifs de ce numéro étant de départiculariser ce qui se joue dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb, les propositions d’articles portant sur d’autres pays et d’autres aires culturelles seront particulièrement appréciées : Europe de l’Est, de l’Ouest (dont la France) et du Sud, mais aussi Amérique latine, Asie, etc.
Since 2009, Middle Eastern and North African countries including Iran, Tunisia, Egypt, Yemen, Turkey, Syria, and Bahrain have experienced multi-sectorial upheavals of an intensity not seen since the era of independences. The journal Ethnologie française is currently soliciting proposals for contributions to a special issue to be published in 2019 that will focus on gender and sexuality. We encourage contributions from fields including sociology, anthropology, political science, and history. However, because one objective of the issue is to “departicularize” events that have taken place in the Middle East and North Africa, proposals based in other countries or cultural areas such as Eastern, Western, or Southern Europe, Latin America, or Asia will receive particular consideration.
Annonce
Argumentaire
Depuis 2009, différents pays du Moyen-Orient et du Maghreb, de l’Iran à la Tunisie, en passant par l’Égypte, le Yémen, la Turquie, la Syrie, Bahreïn, etc. ont connu des mobilisations multisectorielles , pour la plupart inédites depuis leur accession aux indépendances. Ces périodes d’effervescence politique se sont accompagnées d’une participation massive des femmes. Diplômées chômeuses, ouvrières, paysannes, étudiantes, artistes, prostituées, magistrates et avocates, blogueuses, mères de blessés et « martyrs », féministes, syndicalistes, antiracistes, femmes niqabées, militantes LBT (lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles), ont investi différemment l’usine, la rue, internet et les places publiques, les administrations ainsi que les institutions « transitoires » et élues [Ait Mous et Berriane, 2013 ; Kréfa, 2016].
Omniprésentes dans les différentes mobilisations (qu’elles soient multisectorielles, pour l’égalité entre les sexes, contre les structures des partis hégémoniques ou les différents gouvernements), les femmes, leurs formes d’engagement et leurs revendications sont pourtant de grandes absentes des travaux académiques sur ces situations révolutionnaires [Bennani- Chraïbi et Fillileule, 2012 ; Hmed et Jeanpierre, 2016] qui reprennent le présupposé d’un acteur protestataire homme hétérosexuel. Plus récemment, cependant, des ouvrages collectifs [Hasso et Salime, 2016 ; Gillot et Martinez, 2016 ; Sadiqi, 2016] et des numéros spéciaux de revues [Jasser, Mahfoudh, Lalami et al., 2016] ont été consacrés aux engagements féminins et/ou féministes, mais rares sont les contributions qui s’appuient sur des enquêtes de terrain. De leur côté, les médias occidentaux ont principalement relayé la « question des femmes » et celle des « minorités sexuelles » sous la forme de l’opposition idéologique entre « islamistes » et « modernistes ». Dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb, les controverses au sujet des relations entre les hommes et les femmes et des « minorités sexuelles » se structurent autour des oppositions « authenticité culturelle » versus « importation ».
Afin de combler les angles morts de la recherche scientifique, la revue Ethnologie française publiera en 2019 un numéro consacré aux situations révolutionnaires et post-révolutionnaires au prisme du genre et des sexualités. Les contributions attendues peuvent relever de la sociologie, de l’anthropologie et de la science politique, mais aussi de l’histoire. L’un des objectifs de ce numéro étant de départiculariser ce qui se joue dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb, les propositions d’articles portant sur d’autres pays et d’autres aires culturelles seront particulièrement appréciées : Europe de l’Est, de l’Ouest (dont la France) et du Sud, mais aussi Amérique latine, Asie, etc. Le numéro ne sera donc qu’en partie centré sur les pays arabes et les contributions fondées sur des enquêtes empiriques ou des archives dans d’autres contextes socio-historiques seront examinées avec beaucoup de soin.
Sur le plan analytique, Le dossier appréhendera le genre comme une catégorie transversale [Clair, 2012] et non comme une « variable » : il ne s’agit ainsi pas « d’ajouter », aux côtés des engagements des hommes, ceux des femmes jusque-là négligés par les travaux sur les révolutions. L’ambition du numéro est de montrer que le genre, entendu comme un rapport social, est nécessaire à l’analyse des situations révolutionnaires et inversement, que ces dernières permettent de renouveler les travaux sur les rapports sociaux de sexe. L’une des problématiques centrales est de mettre en évidence, à l’appui d’enquêtes de terrain, que si le genre est un rapport social très naturalisé, les conjonctures critiques autorisent une critique de l’ordre du genre et des sexualités. Parallèlement aux effets des conjonctures révolutionnaires sur ces rapports sociaux, le numéro vise aussi à montrer dans quelle mesure le reflux des mobilisations peut être assimilé à un retour à l’ordre antérieur du genre et des sexualités. Il a enfin pour objectif d’analyser les mobilisations et les engagements au croisement de dynamiques locales et de circulations internationales.
Axes thématiques
Les contributions se situeront dans l’un ou plusieurs axes analytiques suivants :
Situations révolutionnaires et critique de l’ordre (hétéro) sexué
Moments qui bousculent l’ordre du possible et du pensable, les situations révolutionnaires sont propices à une certaine défatalisation [Damamme, Gobille, Matonti et al., 2008] des rapports sociaux. Impensables pour la quasi-totalité de la population, voire même pour les militants les plus radicaux, les chutes de dirigeants autoritaires au pouvoir depuis des décennies ont favorisé une dénaturalisation de l’ordre social et politique. Les situations révolutionnaires étant des moments qui sortent de l’ordinaire, des pratiques routinières sont abandonnées, des frontières symboliques et spatiales entre les genres sont transgressées, des revendications et des causes qui semblaient impensables émergent [Zancarini-Fournel, 2002]. Elles constituent, en ce sens, des espaces-temps d’arrangements inédits des genres [Goffman, 2002 ; Fillieule et Roux, 2009].
De fait, les conjonctures critiques se sont accompagnées d’une intense politisation des corps [Dakhlia, 2012 ; Lachenal, 2013] et des sexualités, ainsi que de la plus grande visibilité de nouvelles « féminités » et « masculinités » [Connell, 2005], dont certaines sont portées par des collectifs et des associations engagées pour les droits des « minorités sexuelles » et de genre. Quelle est la composition sociologique des groupes et des mouvements sociaux porteurs de ces revendications et de ces identités de genre ? Dans quelle mesure s'inscrivent-ils en continuité et/ou en rupture avec les générations précédentes ? Les situations révolutionnaires ont aussi autorisé de nombreuses transgressions symboliques et spatiales : alors que l’espace urbain nocturne est, en conjoncture ordinaire, un espace masculin, les places investies comme les symboles de la « révolution » ont été occupées autant par des hommes que par des femmes. Le dossier propose de montrer dans le même temps que si ces mobilisations et ces pratiques semblent inédites, elles n’émergent pas pour autant dans un vide, structural et/ou structurel [Taylor, 1989].
Dans la mesure où le genre constitue une catégorie analytique [Scott, 1988] transversale, le dossier ne se borne pas aux mobilisations qui ambitionnent explicitement d’agir sur les rapports sociaux de sexe. Ce sont donc également les mobilisations syndicales, pour l’accès à l’emploi et l’amélioration des conditions de travail, jusque-là trop négligées dans l’étude des révolutions, qui sont au cœur de ce dossier. Leur appréhension au prisme du genre s’impose d’autant plus que les femmes sont, beaucoup plus que les hommes, durement frappées par le chômage et les effets de l’ouverture dérégulée des échanges. Enfin, si les femmes de milieux populaires entretiennent souvent une distance envers le féminisme, perçu comme une idéologie et un mode de vie « bourgeois », les situations révolutionnaires permettent des rencontres improbables [Zancarini-Fournel, 2002] et peuvent, ce faisant, favoriser l’émergence d’une conscience de genre qui se construit dans la dynamique même des mobilisations.
Retour à l’ordre antérieur du genre et des sexualités ?
Ce numéro vise aussi à examiner si, et dans quelle mesure, le retour à une conjoncture routinière peut être assimilé à un retour à l’ordre antérieur des rapports de genre et de sexualité. Les chercheur-e-s ayant travaillé sur les changements de régime, notamment en Amérique Latine et en Europe de l’Est [Alvarez, 1990 ; Jaquette et Wolchik, 1998 ; Matland et Montegomery, 2003], soulignent la contribution décisive des femmes à la contestation des institutions autoritaires et, dans le même temps, leur marginalisation de l’espace politique professionnel après les crises. La composition sexuée des institutions élues dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb semble accréditer ce constat, y compris là où, comme en Tunisie, des règles contraignantes pour promouvoir la « parité » ont été adoptées. C’est en déplaçant le questionnement du champ politique professionnel vers les trajectoires, les dispositions et les pratiques individuelles que ce dossier entend répondre à cette interrogation. Se départir d’une lecture focalisée sur le champ politique professionnel permet de mettre au jour des transformations plus invisibles, mais non moins importantes : appropriation de l’espace urbain, incidences de l’engagement dans les sphères familiales et conjugales [McAdam, 1993 ; Pagis, 2014], dans les champs artistiques et culturels, émergence de nouveaux réseaux et de nouvelles formes d’engagement sexuées, etc.
Circulations internationales et réappropriations locales
Les mobilisations de chaque pays peuvent être étudiées à l'aune du croisement de dynamiques locales et de circulations internationales (des causes et des répertoires d'action, des ressources financières et cognitives). Les révolutions arabes ont par exemple donné lieu à une grande mobilité de militant-e-s et d'expert-e-s, entre les pays arabes eux-mêmes d'une part, entre les pays arabes et les pays européens d'autre part. Des organisations internationales qui appuient depuis plusieurs années des actions contre les violences envers les femmes et la représentativité numérique entre les deux classes de sexe [Lacombe, Marteu, Jarry-Omarova et al., 2011] ont intensifié les ressources à destination de certaines associations féminines et/ou féministes. Il est dès lors, difficile d'analyser les rapports de genre et/ou de sexualité dans la conjoncture révolutionnaire et post-révolutionnaire sans intégrer les effets des circulations internationales. Les ressources et contraintes de la globalisation ne sont cependant pas transférées de manière mécanique : elles sont réappropriées par les actrices et les acteurs locaux [Jaunait, Le Renard et Marteu, 2013]. Seront ainsi particulièrement appréciées les contributions qui prendront pour objet les engagements, dans les pays d’accueil (dont la France), des populations issues des pays en révolution et les façons dont elles ont vécu les révolutions « à distance ». Inversement, les articles traitant des effets des révolutions sur les mobilités seront examinés avec une grande attention.
Calendrier
Les propositions de contributions (titre et résumé de 4000 à 6000 signes, références bibliographiques incluses) sont attendues pour le 10 septembre 2017. Elles mentionneront les principaux axes de démonstration ainsi que le matériau (enquêtes et/ou archives) mobilisé et seront assorties d’une notice bio-bibliographique de l’auteur-e.
Elles doivent être envoyées aux coordinatrices du dossier, Abir Kréfa et Sarah Barrières : abir.krefa@ens-lyon.fr et sarah.barrieres@yahoo.fr. La sélection des propositions sera transmise aux auteur-e-s courant octobre 2017.
Les textes définitifs (de 35.000 à 70.000 signes max., espaces et bibliographie compris) devront être envoyés avant le 31 janvier 2018.La publication de ce numéro d’Ethnologie française est prévue pour le printemps 2019.
Coordination
- Abir Kréfa, maîtresse de conférences, Université de Lyon 2, Centre Max Weber
- Sarah Barrières, doctorante, EHESS, Centre Maurice Halbwachs
Références bibliographiques
- AIT MOUS Fadma et BERRIANE Yasmine, 2013, « Le mouvement des Soulaliyates : une mobilisation sectorisée de femmes pour le droit à la terre », in ALLAL Amin et PIERRET Thomas (dir.), Devenir révolutionnaires : au cœur des révoltes arabes, Paris, Armand Colin : 83-85.
- ALVAREZ Sonia, 1990, Engendering Democracy in Brazil: Women's Movements in Transition Politics, Princeton (N.J), Princeton University Press.
- BENNANI-CHRAÏBI Mounia et FILLIEULE Olivier (dir.), 2012, « Retour sur les situations révolutionnaires arabes », Revue française de science politique, 62.
- CLAIR Isabelle, 2012, Sociologie du genre, Paris, Armand Colin.
- CONNELL Raewyn, 2005 [1995], Masculinities, Polity Press, Cambridge.
- DAKHLIA Jocelyne, 2012, « Amina et l’instantanéité de la révolution », En ligne : http://nachaz.org/blog/amina-et-linstantaneite-de-la-revolution-par-jocelyne-dakhlia.
- DAMAMME Dominique, GOBILLE Boris, MATONTI Frédérique et al., 2008, Mai Juin 68, Paris, Éditions de l’Atelier.
- DOBRY Michel, 1992, Sociologie des crises politiques. Paris, Presses de Sciences Po.
- FILLIEULE Olivier et ROUX Patricia (dir.), 2009, Le sexe du militantisme, Paris, Presses de Science Po.
- GILLOT Gaëlle et MARTINEZ Andrea (dir.), 2016, Femmes, printemps arabes et revendications citoyennes, IRD ORSTOM.
- GOFFMAN Erving, 2002, L’arrangement des sexes, Paris, La Dispute.
- HASSO S. Frances et SALIME Zakia (dir.), 2016, Freedom without Permission: Bodies and Space in the Arab Revolutions, Durham, Duke University Press.
- HMED Choukri et JEANPIERRE Laurent (dir.), 2016, « Révolutions et crises politiques : Maghreb/Machrek », Actes de la recherche en sciences sociales, 211/212.
- JAQUETTE Jane et WOLCHIK Sharon (dir.), 1998, Women and Democracy: Latin America and Central and Eastern Europe, Baltimore, Johns Hopkins University Press.
- JASSER Ghaïss, MAHFOUDH Amel, LALAMI Feriel et al. (dir.), 2016, « Féminismes dans les pays arabes », Nouvelles Questions Féministes, 35/2.
- JAUNAIT Alexandre, LE RENARD Amélie et MARTEU Élisabeth, 2013, « Nationalismes sexuels ? Reconfigurations contemporaines des sexualités et des nationalismes », Raisons politiques, 49 : 5-23.
- KREFA Abir, 2016, « Les rapports de genre au cœur de la Révolution », Pouvoirs, 156 : 119-136.
- LACHENAL Perrine, 2013, « Être une fille autrement : self-défense féminine au Caire », in BONNEFOY Laurent et CATUSSE Myriam (dir.), Jeunesses arabes, Paris, La Découverte : 211-220.
- LACOMBE Delphine, MARTEU Élisabeth, JARRY-OMAROVA Anna et al., 2011, « Le genre globalisé : cadres d’action et mobilisations en débat », Cultures & Conflits, 83 : 7-13.
- MATLAND Richard et MONTEGOMERY Kathleen (dir.), 2003, Women's Access to Political Power in Post-Communist Europe, Oxford, Oxford University Press.
- MCADAM Doug, 1989, « The Biographical Consequences of Activism », American Sociological Review, 54: 744-760.
- PAGIS Julie, 2014, Mai 68, un pavé dans leur histoire. Événements et socialisation politique, Paris, Presses de Science Po.
- SADIQI Fatima (dir.), 2016, Women’s Movements in Post-“Arab Spring”, North Africa, Palgrave McMillan US.
- SCOTT Joan, 1988, « Genre : une catégorie utile d’analyse historique », Les Cahiers du GRIF, 37 : 125-153.
- TAYLOR Verta, 1989, « Social Movement Continuity: The Women's Movement in Abeyance », American Sociological Review, 54 : 761-775.
- ZANCARINI-FOURNEL Michelle, 2002, « Genre et politique : les années 1968 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 75 : 133-143.
Presentation
Since 2009, Middle Eastern and North African countries including Iran, Tunisia, Egypt, Yemen, Turkey, Syria, and Bahrain have experienced multi-sectorial upheavals of an intensity not seen since the era of independences. These periods of political effervescence have involved widespread participation by women. Graduates, the unemployed, peasants, students, artists, prostitutes, judges and lawyers, bloggers, mothers or the wounded or “martyrs,” feminists, union activists, anti-racists, veiled women, and LGBGT activists have contributed in highly diverse ways by occupying factories, taking to the streets, militating via the internet and public spaces, and engaging with official agencies and elected officials, as well as more “transitory” institutions [Ait Mous & Berriane, 2013; Kréfa, 2016].
Women have been involved in each of these many large social uprisings, whether multi-sectorial, explicitly focused on sexual equality, or in opposition to governments or ruling parties. Both the wide variety of ways in which women have been involved and the specific nature of their demands have been largely neglected by scholarly studies of recent revolutionary situations, however [Bennani- Chraïbi & Fillileule, 2012; Hmed & Jeanpierre, 2016].As a consequence, this growing body of research tends to perpetuate the assumption that the typical protestor is a heterosexual man. Some recent collective publications [Hasso & Salime, 2016; Gillot & Martinez, 2016; Sadiqi, 2016] and special issues [Jasser, Mahfoudh, Lalami et al., 2016] have focused on the roles of women and/or feminists, but very few have been grounded in fieldwork. For their part, Western media have primarily treated the “question of women” and “sexual minorities” outgrowths of an ideological opposition between “Islamists” and “modernists.” In Middle Eastern and North African countries, controversies that involve gender relations or “sexual minorities” often focus on an assumed opposition between “cultural authenticity” and “imports.”
The journal Ethnologie française is currently soliciting proposals for contributions to a special issue to be published in 2019 that will focus on gender and sexuality. We encourage contributions from fields including sociology, anthropology, political science, and history. However, because one objective of the issue is to “departicularize” events that have taken place in the Middle East and North Africa, proposals based in other countries or cultural areas such as Eastern, Western, or Southern Europe, Latin America, or Asia will receive particular consideration. By incorporating other socio-historical contexts, the journal wishes to broaden the scope of the issue beyond Arab countries that recently experienced revolutionary uprisings.
In terms of theoretical positions and methodology, studies that will ultimately be selected for this issue should be grounded in a view of gender as a transversal – as opposed to “variable” – category [Clair, 2012]. Our purpose is not simply to “add” women’s previously neglected involvement in recent historical events to men’s participation. Instead, our intention is to reflect the extent to which gender, as socially defined, ought to be a critical aspect of any scholarly study of revolutionary situations, and conversely, the ways in which such situations enable or authorize renewed development of studies of gender relations.
One central question is how field-based studies grounded in the position that gender is a highly naturalized social relationship are able to demonstrate that critical contexts make it possible to develop a critique of certain assumptions about gender and sexualities. In tandem with the effects of revolutionary situations on social relationships, the issue also seeks to reveal the extent to which recent social upheavals appear to have the return of earlier perspectives regarding gender and sexualities. Our ultimate goal is to argue that diverse movements and involvement in social events necessarily occur at the point at which local dynamics and international circulations intersect with each other.
Main topics
We particularly seek contributions that pursue one or more of the following analytical strands:
Revolutionary Situations and a Critique of the (Heterosexual) Gendered Order
Because they represent moments in which everything that is established or assumed is overturned, including what was previously considered possible or conceivable, revolutionary situations are propitious to a form of defatalization of social relations [Damamme, Gobille, Matonti et al., 2008].An unimaginable outcome of these upheavals that was unthinkable for the vast majority of the population, including the most radical activists was the fall of a number of authoritarian leaders who had been in power for decades, provoking the denaturalization of existing social and political orders. Because revolutionary situations are by definition extraordinary, routinized practices are abandoned, symbolic and spatial boundaries between genders are transgressed, and previously in conceivable demands and causes emerge [Zancarini-Fournel, 2002]. In this sense, these convergences create spatio-temporal moments that can produce new gender arrangements [Goffman, 2002; Fillieule & Roux, 2009].
Indeed, critical contexts are associated with the powerful politicization of the body [Dakhlia, 2012; Lachenal, 2013] and sexualities, as well as increased visibility for new “feminities” and “masculinities” [Connell, 2005], including those that are supported by collectivities and associations committed to promoting the rights of “sexual minorities” and new ways of understanding gender. This raises questions that include: What is the sociological composition of groups and social movements that promote these demands and gender identities? To what extent do they represent a continuity of and/or a break with previous generations? Revolutionary situations have also allowed a wide range of symbolic and spatial transgressions. Although under ordinary circumstances men dominate nocturnal urban environments, both men and women invest sites that become transformed into revolutionary symbols during social upheavals. The collection of studies assembled in this issue will demonstrate that, while these movements and practices appear to be new, they do not arise out of a structural vacuum [Taylor, 1989].
To the extent that gender represents a transversal analytical category [Scott, 1988], the studies selected for the issue will not be restricted to social movements that are explicitly focused on gender relations. Indeed, organized labor movements seeking improved access to employment and working conditions, another subject generally overlooked by scholarly research, should to be amply represented by the studies in this issue. Examining labor movements through the lens of gender is of particular interest because women are far more profoundly impacted than men by unemployment and the deregulation of economic exchanges. Last, although working class women tend to maintain a certain distance from feminism, which is sometimes perceived as a “bourgeois” ideology and/or way of life, revolutionary situations make improbable encounters possible [Zancarini-Fournel, 2002] and can also fuel an awareness of gender that can become an important feature of their evolutions and outcomes.
A Return to the Previous Gendered and Sexual Order?
The special issue also seeks to explore the extent to which returning to a routinized pattern can be correlated with a return to a previous system of gender and of gendered roles and relationships. Researchers who have studied regime change, particularly in Latin America and Eastern Europe [Alvarez, 1990; Jaquette & Wolchik, 1998; Matland & Montgomery, 2003], have highlighted women’s decisive contributions to protests against authoritarian institutions and, at the same time, to their subsequent marginalization by the professional political sphere following the crises. The gender distribution of elected institutions in the Middle East and North Africa appears to support this observation, even in countries like Tunisia that adopted strict rules governing equal representation or parity.
This collection of studies will endeavor to shed light on this pattern by shifting away from the professional political sphere and towards a close examination of individual trajectories, dispositions, and practices. Departing from a strict focus on the professional political field will enable less visible but equally important transformations to be apparent, including the appropriation of urban space, the impact of events on familial and conjugal environments [McAdam, 1993; Pagis, 2014], and the emergent networks and new forms of gendered commitments.
International Circulations and Local Re-appropriations
Movements in each country can also be analyzed in light of the intersection between local dynamics and international circulations, including causes and specific actions or financial and cognitive resources. The Arab revolutions, for example, gave rise to significant mobility among activists and experts between the Arab countries themselves on the one hand, and between Arab countries and Europe on the other. International organizations that support action against violence towards women and the digital representation between the two gender classes for several years [Lacombe, Marteu, Jarry-Omarova et al., 2011] have augmented the flow of resources towards certain feminine and/or feminist associations. As a result, it would now be problematic to analyze relations between genders and/or sexualities in revolutionary or post-revolutionary contexts without taking international circulations into account.
The resources and/or limitations of globalization are not automatically transferrable, however, because they tend to be re-appropriated by local actors [Jaunait, Le Renard & Marteu, 2013]. Contributions of particular interest to the reviewers of proposed contributions to the special issue include studies that explore how populations and groups from countries where revolutions occurred experienced the revolutions “from a distance” (for example in France). Proposed contributions that examine how the revolutions affected the mobilities of these groups and individuals are also of great interest.
Timetable
Proposals, consisting of titles and summaries as well as bibliographies should be between 4,000 and 6,000 characters in length. Proposals must be received by the issue coordinators, Abir Kréfa (abir.krefa@ens-lyon.fr) and Sarah Barrières (sarah.barrieres@yahoo.fr), by September 10, 2017.)
Proposals should describe principal lines of inquiry and arguments as well as the resources, methods, and materials (investigations and/or archives). They should be accompanied by a biographical/bibliographical presentation of the author/s.
Acceptance decisions will be announced during the month of October 2017.
Completed versions of accepted contributions should be between 35,000 and 70,000characters in length, including spaces and bibliographies in length and must be received by January 31, 2018.
The special issue of Ethnologie française is scheduled for publication in Spring 2019.
Coordinators
- Abir Kréfa, Associate Professor, Université de Lyon 2, Centre Max Weber
- Sarah Barrières, Doctoral candidate, EHESS, Centre Maurice Halbwachs
References
- AIT MOUS Fadma and BERRIANE Yasmine, 2013, “Le mouvement des Soulaliyates: une mobilisation sectorisée de femmes pour le droit à la terre,” in ALLAL Amin and PIERRET Thomas (Eds.), Devenir révolutionnaires: au cœur des révoltes arabes, Paris: Armand Colin: 83-85.
- ALVAREZ Sonia, 1990, Engendering Democracy in Brazil: Women's Movements in Transition Politics, Princeton (N.J.): Princeton University Press.
- BENNANI-CHRAÏBI Mounia and FILLIEULE Olivier (Eds.), 2012, “Retour sur les situations révolutionnaires arabes”, Revue française de science politique, 62.
- CLAIR Isabelle, 2012, Sociologie du genre, Paris: Armand Colin.
- CONNELL Raewyn, 2005 [1995], Masculinities, Polity Press: Cambridge.
- DAKHLIA Jocelyne, 2012, “Amina et l’instantanéité de la révolution”. On line: http://nachaz.org/blog/amina-et-linstantaneite-de-la-revolution-par-jocelyne-dakhlia.
- DAMAMME Dominique, GOBILLE Boris, MATONTI Frédérique et al., 2008, Mai Juin 68, Paris: Éditions de l’Atelier.
- DOBRY Michel, 1992, Sociologie des crises politiques. Paris: Presses de Sciences Po.
- FILLIEULE Olivier and ROUX Patricia (Eds.), 2009, Le sexe du militantisme, Paris: Presses de Science Po.
- GILLOT Gaëlle and MARTINEZ Andrea (Eds.), 2016, Femmes, printemps arabes et revendications citoyennes, IRD ORSTOM.
- GOFFMAN Erving, 2002, L’arrangement des sexes, Paris: La Dispute.
- HASSO S. Frances and SALIME Zakia (Eds.), 2016, Freedom without Permission: Bodies and Space in the Arab Revolutions, Durham: Duke University Press.
- HMED Choukri and JEANPIERRE Laurent (Eds.), 2016, “Révolutions et crises politiques: Maghreb/Machrek”, Actes de la recherche en sciences sociales, 211/212.
- JAQUETTE Jane and WOLCHIK Sharon (Eds.), 1998, Women and Democracy: Latin America and Central and Eastern Europe, Baltimore: Johns Hopkins University Press.
- JASSER Ghaïss, MAHFOUDH Amel, LALAMI Feriel et al. (Eds.), 2016, “Féminismes dans les pays arabes”, Nouvelles Questions Féministes, 35/2.
- JAUNAIT Alexandre, LE RENARD Amélie, and MARTEU Élisabeth, 2013, “Nationalismes sexuels? Reconfigurations contemporaines des sexualités et des nationalisms”, Raisons politiques, 49:5-23.
- KREFA Abir, 2016, “Les rapports de genre au cœur de la Révolution”, Pouvoirs, 156:119-136.
- LACHENAL Perrine, 2013, “Être une fille autrement: self-défense féminine au Caire”, in BONNEFOY Laurent and CATUSSE Myriam (Eds.), Jeunesses arabes, Paris: La Découverte:211-220.
- LACOMBE Delphine, MARTEU Élisabeth, JARRY-OMAROVA Anna et al., 2011, “Le genre globalisé: cadres d’action et mobilisations en débat”, Cultures & Conflits, 83:7-13.
- MATLAND Richard and MONTEGOMERY Kathleen (Eds.), 2003, Women's Access to Political Power in Post-Communist Europe, Oxford: Oxford University Press.
- MCADAM Doug, 1989, “The Biographical Consequences of Activism”, American Sociological Review, 54: 744-760.
- PAGIS Julie, 2014, Mai 68, un pavé dans leur histoire. Événements et socialisation politique, Paris: Presses de Science Po.
- SADIQI Fatima (Ed.), 2016, Women’s Movements in Post-“Arab Spring”, North Africa: Palgrave McMillan US.
- SCOTT Joan, 1988, “Genre: une catégorie utile d’analyse historique”, Les Cahiers du GRIF, 37: 125-153.
- TAYLOR Verta, 1989, “Social Movement Continuity: The Women's Movement in Abeyance”, American Sociological Review, 54:761-775.
- ZANCARINI-FOURNEL Michelle, 2002, “Genre et politique: les années 1968”, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 75:133-143.
Catégories
- Ethnologie, anthropologie (Catégorie principale)
- Sociétés > Sociologie
- Sociétés > Sociologie > Étude des genres
Dates
- dimanche 10 septembre 2017
Fichiers attachés
Mots-clés
- révolution, genre, sexualité
Contacts
- Abir Kréfa
courriel : abir [dot] krefa [at] ens-lyon [dot] fr - Sarah Barrières
courriel : sarah [dot] barrieres [at] yahoo [dot] fr
Source de l'information
- Abir Kréfa
courriel : abir [dot] krefa [at] ens-lyon [dot] fr
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Genre et sexualités en situations (post) révolutionnaires », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 02 août 2017, https://doi.org/10.58079/y6u

