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Calenda - Le calendrier des lettres et sciences humaines et sociales

Enquêter en terrains difficiles

Field research in difficult contexts

Objets tabous, lieux dangereux, sujets sensibles

Hostile settings, sensitive topics, taboos

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Publicado el miércoles 09 de abril de 2014

Resumen

Toutes les disciplines des sciences sociales recourant à l’enquête sont aujourd’hui particulièrement sensibles aux problèmes épistémologiques et méthodologiques que pose l’enquête en terrains difficiles. La question a déjà été explorée. Cependant, beaucoup reste à dire sur les conséquences de ces difficultés : que ce soit sur l’enquête elle-même, sur le statut des données recueillies ou sur les défis éthiques que soulèvent la violence et l’insécurité de l’enquêteur et de ses informateurs. Les raisons de cette insuffisance tiennent peut-être à l’éclatement des lieux traversés par des rapports de violence, à la multiplicité des normes et des activités concernées, à l’absence de correspondance entre les temporalités vécues par les différents acteurs ou encore à l’hétérogénéité des corpus de données, ou à toutes ces raisons à la fois. Nous souhaiterions donc, dans ce dossier, confronter les réflexions des chercheurs sur quelques-uns des principaux défis qui se posent à l’enquête en ‘terrains difficiles’, c’est-a-dire sur des objets tabous ou des sujets sensibles, en situation de violence, dans des contextes de ‘pre-conflit’ ou de ‘post-conflit’ ou encore en situation de vulnérabilité, dans des contextes d’urgence ou de catastrophe naturelle, etc. 

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Argumentaire

Toutes les disciplines des sciences sociales recourant à l’enquête sont aujourd’hui particulièrement sensibles aux problèmes épistémologiques et méthodologiques que pose l’enquête en terrains difficiles. La question a déjà été explorée (Bouillon, Frésia & Tallio, 2006 ; Sriram, King, Merus, Martin-Ortega & Herman, 2009). Cependant, beaucoup reste à dire sur les conséquences de ces difficultés : que ce soit sur l’enquête elle-même, sur le statut des données recueillies ou sur les défis éthiques que soulèvent la violence et l’insécurité de l’enquêteur et de ses informateurs.

Les raisons de cette insuffisance tiennent peut-être à l’éclatement des lieux traversés par des rapports de violence, à la multiplicité des normes et des activités concernées, à l’absence de correspondance entre les temporalités vécues par les différents acteurs ou encore à l’hétérogénéité des corpus de données, ou à toutes ces raisons à la fois.

Nous souhaiterions donc, dans ce dossier, confronter les réflexions des chercheurs sur quelques-uns des principaux défis qui se posent à l’enquête en ‘terrains difficiles’, c’est-à-dire sur des objets tabous ou des sujets sensibles, en situation de violence, dans des contextes de ‘pré-conflit’ ou de ‘post-conflit’ ou encore en situation de vulnérabilité, dans des contextes d’urgence ou de catastrophe naturelle, etc. Quelques grands thèmes seront abordés :

Les difficultés d’accès au terrain. Une difficulté commune à tous les terrains difficiles concerne l’accès. L’accès au terrain lui-même, mais aussi l’accès aux acteurs et aux populations affectées par ces conflits ou catastrophes humanitaires et enfin l’accès aux sources d’informations fiables.

En effet, dans différents contextes, certains acteurs peuvent se retrouver à la limite de la légalité, voire devenir clandestins. Par ailleurs, certains terrains sont soumis à de tels contrôles institutionnels que, parfois, les lieux d’observations peuvent devenir inaccessibles. Le fait d’enquêter dans des lieux d’enquête très tendus politiquement et très polarisés, et où l’on peut vite basculer dans une situation marquée de violence politique, pointe également de nombreux dilemmes.

Sujets sensibles, objets tabous. Un terrain peut aussi être difficile, non à cause des problèmes d’accès mais à cause des interdits qui entourent son objet ou du caractère sensible de son sujet. Objets tabous (tout ce qui touche à l’intimité comme le viol, la souffrance, l’avortement ou aux abus de pouvoir, etc.) et sujets sensibles (l’implication ou la victimisation de certains sujets tels les criminels de guerre, les victimes ou auteurs de génocides, les personnes ayant été exposées à la violence, les accusés en sorcellerie, etc.) interrogent les conditions de possibilité d’une observation qualitative prolongée et rigoureuse.

L’enquête à distance et ses problèmes épistémologiques. Les difficultés de retour sur des terrains classés « dangereux » associées à la question du coût des missions et aux possibilités nouvelles des technologies de l’information et de la communication ont fortement contribué au développement du suivi à distance des enquêtes.

Or, cette méthode pose un nombre de questions méthodologiques et éthiques : comment baliser un tel partenariat ? Jusqu’où peut aller le chercheur dans la manipulation des données d’un tiers? Comment valoriser ce travail collectif à sa juste valeur, sans frustrer le travail de collecte ni sous-valoriser l’analyse ? Quelle valeur accorder à des données d’entretien ou des témoignages collectés par téléphone ou par courrier électronique, à des observations effectuées via internet, ou à des opinions récoltées via les réseaux sociaux numériques ? Si cette piste de réflexion est quasiment vierge, elle mérite qu’on l’approfondisse, tant dans un souci de qualité d’information que de qualité d’analyse et d’éthique des rapports Nord-Sud.

La question de la sécurité. Enquêter en terrain difficile soulève d’inévitables problèmes éthiques, pratiques et sociaux qui ont des conséquences méthodologiques et épistémologiques directes sur la recherche. Ainsi, les situations de « ni paix, ni guerre », de plus en plus en plus fréquentes dans le Sud, soulèvent nombre de questions éthiques, dont celle cruciale de la protection des informateurs et du chercheur lui-même qui n’est pas aussi simple à régler. Comment éviter de surévaluer ou de sous-évaluer l’impact sécuritaire de la recherche dans la vie quotidienne des enquêtés ?

La question de l’objectivité et la fiabilité des données. Que l’enquête se fasse surun terrain « dangereux » ou à distance, elle pose de multiples questions d’objectivité et de fiabilité des données.

Nous souhaiterions ainsi réfléchir aux conditions d’objectivation scientifique que permet, ou non, une méthodologie nécessairement bricolée. En effet, la situation d’enquête en terrain difficile est non seulement propice à l’expression de subjectivités multiples mais surtout à des discours intentionnellement orientés.

Comment, sur des terrains d’enquêtes marginaux, conflictuels, à forts enjeux sociaux, idéologiques et politiques, où les chercheurs doivent composer avec d’autres acteurs (ONGs locales, agences internationales, travailleurs sociaux, journalistes), l’ethnographie peut-elle demeurer un référentiel commun (à la fois inductif, émique et holiste) qui organise et donne du sens à des réalités contestées? Dans les situations de travail avec des individus ou des groupes en souffrance, l’émotion que ces derniers suscitent chez le chercheur est indissociable du sentiment de malaise voire d’illégitimité que le chercheur ne peut s’empêcher de ressentir dans le fait d’être en bonne santé et en sécurité en temps de malheur.

Comment affronter le malaise diffus, quand on enquête avec les victimes sur les circonstances d’une agression physique violente ou avec les réfugiés d’une catastrophe naturelle ou d’une zone de guerre ? Cette question n’est pas nouvelle, mais elle reste d’actualité et exige d’être réinterrogée. Que dire aussi des problèmes d’objectivité, de déontologie, de neutralité axiologique que posent au chercheur des individus ou des groupes violents ayant pratiqué des exactions : bandes armées, militaires, bourreaux, enfants soldats, civils acteurs de violence collective en cas de « justice populaire », etc. ?

Cet appel s’adresse à toutes les disciplines des sciences sociales ancrées dans une approche empirique de l’enquête. Les propositions attendues devront se positionner de manière critique autour des enjeux méthodologiques et éthiques qui naissent des situations d’enquête en terrains difficiles, instables, violents ou dangereux, quelles que soient les régions du monde.

Modalités d'envoi des propositions

Les propositions d'article, en anglais ou en français (un titre et un résumé de 400 mots), sont à envoyer

avant le 4 mai 2014

aux quatre adresses suivantes (secrétariats, éditeur et coordonnateurs):

  • civilisations@ulb.ac.be
  • natacha.belang@ulb.ac.be
  • pipetit@ulb.ac.be
  • bouju@mmsh.univ-aix.fr

Civilisations est une revue d’anthropologie à comité de lecture publiée par l'Institut de Sociologie de l'Université libre de Bruxelles. Diffusée sans discontinuité depuis 1951, la revue publie, en français et en anglais, des articles relevant des différents champs de l’anthropologie, sans exclusive régionale ou temporelle.

Relancée depuis 2002 avec un nouveau comité éditorial et un nouveau sous-titre (Revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines), la revue encourage désormais particulièrement la publication d’articles où les approches de l’anthropologie s’articulent à celles d’autres sciences sociales, révélant ainsi les processus de construction des sociétés.

Pour plus de détails, voir http://civilisations.revues.org

Numéro thèmatique proposé par Sylvie Ayimpam, Magali Chelpi-Den Hamer, Jacky Bouju

IMAf UMR 8171 Aix-Marseille Université

Argument

Today, most of social sciences requiring field research are particularly sensitive to epistemological and ethical problems arising from research in difficult contexts. This is not a new concern. The topic has already been explored (Bouillon, Frésia & Tallio, 2006; Sriram, King, Merus, Martin-Ortega & Herman, 2009). Nevertheless, much remains to say about the various consequences of theses difficulties on fieldwork method: on the insecurity of the researcher and the protection of informants when operating in dangerous settings, on the ethical challenges surrounding research with vulnerable populations, or on the validity of information gathered in violent contexts.

Reasons for that are difficult to trace. They may be due to the disparity of hostile settings, to the normative pluralism of concerned institutions, to the disjunction of experienced temporalities by different actors, to the heterogeneity of data available, or to all these reasons altogether. With this special issue, we wish to confront researchers’ personal reflections on their own field experience about the challenges of conducting qualitative research in ‘difficult contexts’, on sensitive or forbidden topics, in hostile post-conflict or pre-conflict settings, or with vulnerable populations in situation of emergency or natural disaster, etc. Contributions for the following issues are welcome:

Access to research subjects on the field. This difficulty is common to all types of difficult contexts. Access to the field itself, but also access to research subjects or vulnerable people in post-conflict settings or natural disasters and finally, access to valuable information. Some settings are subjected to such military or police controls that access to the social spaces where potential informants are is hardly possible. In these situations some actors may be in the margins of law, while others may be clandestine. Then, how can the researcher conduct participant observation in social settings stressed by political violence? How can the researcher build trust and confidence with informants and authorities in such situations? The personal answers to these questions have a strong effect on the feasibility and the practicalities of fieldwork.

Sensitive topics, taboos. A setting may be difficult, not because of access but because of moral taboo or political sensitivity of research topic. Social taboos (like rape, suffering, abortion, power abuses), and sensitive topics (like the subjects’ victimization in sorcery or ordinary violence or the involvement of repellent groups in war crimes or genocides) call for research practices and methods exploring the margin of traditional research models.

The off-site survey’s epistemological shortcomings. The researchers’ difficulties to return back to fieldworks classified ‘dangerous’ and the increased financial cost of fieldwork missions collude with the possibilities offered by the new communication technologies to promote off-site surveys. Indeed, off-site survey or on-line ethno surveys seem to be a good alternative to solve a range of expected problems raised by access to difficult fieldwork settings. But, on-line surveys go very far beyond traditional qualitative research methods and therefore address several epistemological and ethical issues. Between subjective perspectives and unverifiable misleading statements, what is the veracity value of information collected at distance, by phone, mail or web? Or, through the virtual communities of social networking? Such a methodological development doubtlessly presents new challenges and interesting opportunities, but its impacts on the ethics of knowledge production in difficult contexts need an in-depth reflection.

The issue of security. Conducting field research in difficult or hostile settings raises practical, social and ethical problems that have direct methodological impacts on fieldwork. This is especially true of the ‘neither peace nor war’ contexts that are more and more frequent in the South. Among the many ethical issues at stakes is the crucial one of the protection of the informant and the researcher himself or herself. How therefore to avoid overemphasizing or underemphasizing the security impact of research in the daily life of respondents? The efforts to guard against risk of threat to personal security meet ethical issues difficult to address.

The issue of objectivity and reliability of information. Survey, either conducted in dangerous or hostile setting or off-site, involves several issues concerning the objectivity and validity of information. What we would like to do in this special issue is to reflect on the conditions of scientific objectification that derives from the necessary methodological ‘bricolages’ undertaken. Indeed, research in difficult settings is conducive not only to multiple subjectivities’ expression but also to intentionally oriented discourses. In these conditions, how can ethnography organize and give meaning to contested realities, when the contexts under study are marginal, conflicting, loaded with strong ideological and political stakes, and when researchers must compose - and sometimes compete - with many other stakeholders (local NGOs, international agencies, social workers or reporters)? When research explores situations of suffering, emotions that arise are to be taken seriously, since they generate a feeling of unease or illegitimacy, that the researcher cannot help feeling, being healthy and safe in such times of misfortune. How to then tackle this ineluctable malaise, when exploring the situations of victims of a violent physical assault or of refugees who had just fled a natural disaster or a war zone?

Submission guidelines

This call for papers is open to all social sciences rooted in empirical approaches to fieldwork.

The expected papers will position critically on methodological and ethical issues that arise from doing research in difficult, unstable, violent or dangerous settings in whatever part of the world.

Propositions of articles, in English or French, (title and abstract of 400 words) have to be sent

before 4 May 2014

to the following four addresses (secretariats, editors and coordinators:

Coordinators : Sylvie Ayimpam, Magali Chelpi-de Hamer, Jacky Bouju (IMAf/Aix-Marseille Université)

Civilisations is a peer-reviewed journal of anthropology. Published continuously since 1951, it features articles in French and English in the various fields of anthropology, without regional or time limitations. Revived in 2002 with a new editorial board and a new subtitle (Revue internationale d'anthropologie et de sciences humaines), Civilisations particularly encourages the submission of articles where anthropological approaches meet other social sciences, to better tackle processes of society making.

For more information, see http://civilisations.revues.org/


Fecha(s)

  • domingo 04 de mayo de 2014

Palabras claves

  • anthropologie, enquête de terrains, tabous, épistémologie

Contactos

  • Natacha Belang
    courriel : natacha [dot] belang [at] ulb [dot] ac [dot] be

URLs de referencia

Fuente de la información

  • Natacha Belang
    courriel : natacha [dot] belang [at] ulb [dot] ac [dot] be

@license

@event_license_text CC0 1.0 Universel.

Para citar este anuncio

« Enquêter en terrains difficiles », Convocatoria de ponencias, Calenda, Publicado el miércoles 09 de abril de 2014, https://doi.org/10.58079/pzd

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